La 2e édition du Forum objectif:ne a rassemblé les actrices et acteurs politiques du canton à Microcity, à Neuchâtel, sur le thème à facettes multiples, «Intelligence artificielle & citoyenneté: sommes-nous prêts?» Trois expert·e·s de haut niveau ont apporté leurs éclairages sur les questions qui touchent les collectivités publiques concernant les étapes à anticiper, le cadre et l’utilisation de l’IA au service du bien commun.
«Les IA sont plutôt stupides, c’est la raison pour laquelle, plus que jamais, il faut développer son esprit critique.» Ce sont les mots de Victor Kristof, CEO de DemoSquare, qui a fait une démonstration très concrète des risques de l’IA: CV falsifié, erreurs sur les dates, informations imprécises ou incomplètes. Face aux errances des IA génératives, entre hallucinations et zones d’ombre, il a rappelé l’importance de valider les informations provenant de sources qui ne sont pas fiables par définition: c’est le cas de l’IA en 2025, comme l’était Wikipédia dans les années 2000.
Le rôle de l’IA dans la formation de l’opinion publique
Selon Jérôme Duberry, chercheur à l’IHEID, «la technologie est l’expression des valeurs d’une vision du monde et des intérêts de ceux qui la développent». Dès lors, la méfiance est de mise par rapport à des IA propriétés de géants du numérique, créées à des fins propres à ces entreprises. Le panorama dressé par le spécialiste par rapport à la puissance de ces IA intégrées aux médias sociaux incite à la plus grande précaution, sachant que ces plateformes exercent une influence grandissante dans la formation de l’opinion publique tout en des «autoroutes de désinformation».
«Les administrations publiques sont tiraillées entre différentes tendances et de vrais choix à faire avec la population quant à l’exploitation des données», a-t-il relevé. L’utilisation de l’IA permet plus de transparence sur les processus de décision, mais implique en même temps une augmentation des ressources en informatique. Il a enfin souligné l’importance de développer la literacy (ou littératie) de l’IA, qui comprend à la fois la dimension technique et les enjeux sociétaux liés à ces technologies.
«Gagner» 2h37 par jour…
2h37. C’est le temps gagné quotidiennement grâce à l’IA dans l’agenda de Laura Tocmacov, directrice de la Fondation impactIA. La question qu’elle pose n’est pas vraiment de savoir comment gagner encore plus de temps, mais plutôt de s’interroger sur l’utilisation de ces 2h37 libérées ? Pour notre conférencière, sachant que l’IA ne fait que «reproduire en masse les inégalités, stéréotypes, discrimination et la façon de se traiter les uns les autres», la bataille finale pourrait bien être celle de notre souveraineté cognitive. Ou comment apprendre à penser et à s’organiser pour que la démocratie reste entre nos mains.
Cela nous ramène aux paroles d’introduction de Daniel Grassi Pirrone, directeur d’objectif:ne, qui espérait que l’IA nous permette d’enrichir le débat public plutôt que l’appauvrir et nous incite à «penser notre futur plutôt que le subir.» C’est bien la vocation de notre Forum que de réunir des actrices et acteurs de la politique neuchâteloise autour d’importantes questions de société.
Le rendez-vous est déjà pris pour le prochain Forum qui se tiendra en novembre 2026 à La Chaux-de-Fonds pour une 3e édition qui marquera aussi le 20e anniversaire de notre association.
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